L’intelligence artificielle appliquée à la sclérose en plaques

L’intelligence artificielle apporte de nouvelles solutions dans la prise en charge de la sclérose en plaques (SEP), en améliorant l’analyse des IRM, en anticipant la progression, en personnalisant les traitements et en révélant de nouveaux biomarqueurs utiles au suivi.

Fibres nerveuses avec gaines de myéline et démyélinisation

© IA Médicale | Image générée par IA

Sommaire

Diagnostic assisté par IA dans la sclérose en plaques

Améliorer le diagnostic de la sclérose en plaques par l’imagerie cérébrale assistée par IA

L’IRM cérébrale reste l’examen clé pour diagnostiquer la SEP, mais son interprétation prend du temps et demande une expertise en neuroradiologie. Des programmes d’IA peuvent maintenant assister les praticiens en analysant automatiquement ces images pour repérer les anomalies évocatrices de la maladie. Des algorithmes d’apprentissage profond apprennent à reconnaître les motifs typiques des lésions de SEP sur les séquences T2 et FLAIR. Certains modèles combinant radiomique et techniques d’optimisation ont montré des performances prometteuses, mais nécessitent encore validation sur des cohortes cliniques indépendantes.

L’IA pour différencier la sclérose en plaques des autres pathologies neurologiques

L’IA repère aussi plus vite les nouvelles lésions actives lors des examens de suivi, en les délimitant de manière cohérente. Elle identifie également des marqueurs radiologiques spécifiques comme le signe de la veine centrale ou les lésions à bord paramagnétique, des signes qui orientent fortement vers une SEP plutôt que vers d’autres maladies. Cette capacité augmente la précision du diagnostic en distinguant les lésions de SEP des lésions vasculaires ou d’autres pathologies. Par ailleurs, des techniques d’imagerie avancées (IRM fingerprinting 3D, IRM à 7 Tesla) couplées à l’IA, différencient avec grande exactitude les cerveaux de patients SEP des sujets sains. L’IA excelle aussi à séparer les plaques de SEP d’autres anomalies cérébrales, comme une tumeur de bas grade, en analysant leur spectre IRM. Ces avancées montrent que l’IA devient un assistant précieux pour poser un diagnostic plus précoce et fiable de la SEP.

Segmentation des lésions de sclérose en plaques par l’intelligence artificielle

IA et réseaux neuronaux pour une détection fine des lésions de la SEP

Segmenter avec précision chaque lésion visible sur une IRM cérébrale est une étape importante, mais historiquement longue et sujette à des différences d’interprétation entre spécialistes. Les avancées récentes, notamment les réseaux neuronaux convolutifs 2D et 3D comme U-Net, facilitent cette tâche en automatisant la détection des lésions. En quelques minutes, ces outils peuvent générer des contours fiables, offrant aux cliniciens un gain de temps appréciable tout en améliorant la cohérence des résultats entre différents examens ou praticiens.

Un suivi standardisé de la sclérose en plaques grâce à la segmentation automatique

Ces outils offrent une quantification reproductible du volume lésionnel à chaque examen, facilitant le suivi de la maladie. Une augmentation de la charge lésionnelle ou l’apparition de nouvelles plaques entre deux IRM consécutives sont détectées par l’IA, signalant une progression ou une efficacité insuffisante du traitement en cours. La segmentation automatique libère aussi du temps au radiologue, qui peut se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Prédire la progression de la sclérose en plaques grâce à l’IA

Comprendre les notions de PIRA et RAW

Un des enjeux majeurs en SEP consiste à prédire l’évolution du handicap pour chaque patient, afin d’adapter au mieux le traitement. Deux concepts retiennent particulièrement l’attention : la progression indépendante des poussées (PIRA) et l’aggravation associée aux poussées (RAW). La PIRA correspond à l’accumulation de handicap neurologique sans poussées inflammatoires aiguës, tandis que le RAW désigne la part du handicap directement attribuable aux poussées inflammatoires.

L’apport de l’IA dans la prédiction du handicap lié à la sclérose en plaques

L’IA se révèle précieuse pour prédire cette progression du handicap. En intégrant plusieurs types de données (imagerie, informations cliniques, la durée de la maladie, le score EDSS, biomarqueurs) les algorithmes d’apprentissage automatique détectent des profils associés à une évolution défavorable. Le projet ProMiSi a par exemple développé un modèle prédictif basé sur l’IA qui intègre données démographiques et score EDSS de départ, et qui estime avec forte exactitude le risque de progression sur plusieurs années. D’autres travaux combinent données de marche (issues de capteurs ou tests instrumentés) avec des algorithmes d’apprentissage automatique pour détecter de subtiles modifications de la démarche, indicatrices d’une progression du handicap. Ces approches permettent d’alerter le clinicien sur une aggravation débutante, parfois avant même que le patient ne la perçoive.

Vers une évaluation multimodale de la progression du handicap dans la SEP

Identifier précocement si une aggravation du handicap est liée à des poussées ou résulte d’un processus progressif silencieux est essentiel pour adapter le traitement. Les mesures cliniques classiques comme l’EDSS montrent leurs limites : peu sensibles aux changements subtils, elles ne détectent pas les processus silencieux comme l’inflammation chronique compartimentée ou l’atrophie cérébrale progressive

L’IA peut compenser cette limite en intégrant plusieurs marqueurs complémentaires pour mieux estimer la progression de la sclérose en plaques. Par exemple, un modèle analyse simultanément :

  • l’évolution du volume cérébral (atrophie), 
  • La présence de lésions chroniquement actives (lésions à bord paramagnétique), 
  • les performances à des tests cognitifs.

Cette approche fournit une vision plus fine de la progression réelle du patient. La capacité à distinguer la part du handicap liée à la PIRA de celle causée par les poussées est essentielle pour optimiser les choix thérapeutiques. En ce sens, la prédiction personnalisée de l’évolution par IA ouvre la voie à une médecine proactive : identifier aujourd’hui les patients qui s’aggraveront demain, et ajuster leur prise en charge dès maintenant.

Personnalisation des traitements de la sclérose en plaques par l’IA

Complexité croissante des décisions thérapeutiques en SEP

Face à une vingtaine de traitements de fond différents aujourd’hui disponibles et à leur efficacité variable selon les patients, la décision thérapeutique en SEP devient de plus en plus complexe. L’approche classique consistant à débuter par des traitements de première ligne puis à intensifier si nécessaire est aujourd’hui remise en question. Un traitement précoce par une thérapie à haute efficacité semble mieux limiter l’accumulation de handicap à long terme, surtout lorsqu’il est initié dans les premières années. Mais identifier le bon traitement pour le bon patient au bon moment relève du défi, vu les multiples facteurs à considérer : activité de la maladie, profil de risque, comorbidités, préférences personnelles, etc.

Recommandations optimisées à partir des données patients

L’IA peut grandement assister les cliniciens dans cette décision thérapeutique personnalisée. Des algorithmes exploitant les données globales du patient (profil radiologique, historique de poussées, marqueurs biologiques, données génétiques…) sont capables de fournir des recommandations de traitement optimisées, en se basant sur la comparaison avec des milliers de profils similaires.

Le jumeau numérique : simuler l'effet des traitements en SEP

Concrètement, on voit émerger des outils d’aide à la décision qui simulent l’évolution probable de la maladie sous différentes options thérapeutiques. Un concept prometteur est celui du jumeau numérique : créer une copie virtuelle du patient intégrant toutes ses données, sur laquelle on teste virtuellement l’effet de divers traitements pour choisir la stratégie offrant le meilleur pronostic. Bien que ces jumeaux numériques en soient à un stade précoce, ils préfigurent la médecine personnalisée de demain.

Prédire la réponse thérapeutique grâce au machine learning

Parallèlement, des modèles d’IA plus classiques basés sur l’apprentissage automatique peuvent prédire la réponse à un traitement en SEP. En entraînant un algorithme sur les données de grandes cohortes avec l’historique des traitements et des réponses cliniques, on peut anticiper par exemple si un patient a un haut risque de nouvelle poussée sous tel traitement, ou s’il pourrait au contraire rester stable plusieurs années. Un projet européen récent, CLAIMS, vise d’ailleurs à développer une plateforme décisionnelle IA pour la SEP, offrant au clinicien une vue d’ensemble du patient et une projection de l’évolution sous différents traitements possibles, pour guider un choix éclairé. 

Vers une prise en charge personnalisée grâce à l’intelligence artificielle

Il est essentiel de rappeler que la personnalisation du traitement par l’IA ne remplace pas l’expertise du clinicien. L’objectif est de fournir un appui fondé sur les données pour guider le neurologue dans ses choix thérapeutiques. En ce sens, l’IA agit comme un assistant décisionnel, facilitant une médecine plus précise et adaptée dans la sclérose en plaques.

Repenser la classification des patients atteints de sclérose en plaques

Les limites des formes de la SEP

Les formes classiques de la SEP (rémittente-récurrente, secondairement progressive, primaire progressive) ont une certaine utilité pour décrire l’évolution clinique, mais elles ne reflètent qu’imparfaitement la diversité des trajectoires individuelles ni ne permettent d’anticiper efficacement l’évolution à long terme. L’IA, en exploitant de grandes bases de données patients, permet d’identifier des sous-groupes plus homogènes sur le plan pronostique que ces catégories traditionnelles.

Une reclassification fondée sur les données réelles de patients

Récemment, une approche d’apprentissage automatique probabiliste appliquée à plus de 8 000 patients a permis de proposer une reclassification de l’évolution de la SEP. Cette approche a mis en évidence quatre dimensions clés : 

  • le niveau de handicap physique
  • l’importance des lésions cérébrales visibles à l’IRM
  • l’activité inflammatoire (poussées) 
  • l’activité subclinique détectée par imagerie. 

Ces axes permettent de positionner chaque patient sur un spectre évolutif continu, allant d’une SEP légère et précoce à une forme avancée avec handicap sévère et forte charge lésionnelle.

Identifier les transitions vers les formes progressives

Les patients aux stades initiaux présentent peu d’atteintes cliniques ou radiologiques, tandis que les formes avancées cumulent un fardeau lésionnel important et un handicap durable et marqué. Le passage à un stade avancé semble rarement réversible, ce qui renforce l’intérêt d’une détection précoce de ces transitions. Cette reclassification continue, validée sur des cohortes indépendantes, invite à considérer la SEP comme un continuum évolutif, plutôt que comme une succession de catégories figées.

Vers des décisions thérapeutiques plus précises

Ces stratifications pilotées par l’IA pourraient améliorer la prise de décision clinique, par exemple, en détectant qu’un patient entre dans une phase plus progressive, et ainsi permettre d’ajuster rapidement le traitement. Elles constituent également un atout pour la recherche, en facilitant le ciblage de traitements sur des stades précis de la maladie.

Vers une prise en charge personnalisée de la SEP grâce à l’IA

Au-delà des classifications globales, l’IA permet aussi de stratifier les patients selon des critères biologiques ou pronostiques plus fins. Certains modèles supervisés combinent IRM de base, score EDSS et biomarqueurs pour anticiper le type d’évolution de la maladie (rémittente vs progressive) ou le niveau futur de handicap. D’autres approches s’appuient sur les données d’expression génique, identifiant des profils distincts selon les stades de la SEP (CIS, RRMS, SPMS). Ces outils préfigurent une prise en charge réellement individualisée, où chaque patient pourrait bénéficier d’un parcours de soins adapté à son profil prédictif.

Suivi personnalisé de la sclérose en plaques

Des paramètres IRM avancés exploités par l’intelligence artificielle

L’IA permet d’extraire des mesures quantitatives avancées à partir des IRM, enrichissant le suivi de la SEP au-delà des seuls indicateurs cliniques. Parmi les données les plus utiles figurent :

  • le volume cérébral, pour quantifier l’atrophie au fil du temps,
  • le volume des lésions T2 ou FLAIR.

L’IA peut par exemple détecter et mesurer automatiquement les lésions à expansion lente sur les IRM successives et ainsi fournir un indicateur de progression silencieuse. De même, la présence et le nombre de lésions avec un anneau paramagnétique pourraient être identifiés sur des séquences dédiées par des algorithmes, constituant un marqueur de neurodégénérescence en cours. En intégrant ces données d’imagerie avancées, l’IA améliore la capacité à prédire l’évolution du handicap dans la SEP, au-delà de ce que permet la seule évaluation clinique.

L’OCT comme biomarqueur visuel de la SEP

En ophtalmologie, l’OCT fournit un autre biomarqueur majeur de la SEP : l’épaisseur des couches de la rétine. L’amincissement progressif de la couche de fibres nerveuses rétiniennes chez un patient SEP reflète la perte axonale et neuronale au fil du temps. Des algorithmes d’apprentissage automatique appliqués aux images OCT distinguent avec succès les patients SEP des sujets sains, et permettent même d’estimer le pronostic : des modèles détectent des schémas d’amincissement rétinien corrélés à une progression future du handicap. Des approches basées sur l’IA ont été proposées pour améliorer la qualité et l’analyse des données OCT en routine. À terme, l’OCT analysée par IA pourrait devenir un outil de suivi simple de l’activité neurodégénérative chez les patients atteints de SEP.

Les capteurs connectés pour un suivi en temps réel

Un autre champ en plein développement concerne les biomarqueurs issus des capteurs et applications. La miniaturisation des capteurs inertiels et l’omniprésence des smartphones ont ouvert la porte au suivi en continu de certains paramètres de patients à domicile. Des capteurs portables quantifient la démarche, l’équilibre, la motricité fine ou même la voix. Des capteurs vestimentaires et des parcours de marche instrumentés permettent de détecter chez les patients SEP des troubles de marche discrets, indicateurs d’une progression subclinique. L’analyse automatisée de l’enregistrement de la voix révèle également des changements subtils au cours du temps chez les patients SEP, ouvrant la voie à un outil de suivi de l’atteinte bulbaire ou cognitive à distance.

Tests cognitifs numériques pour une détection précoce

Le domaine cognitif n’est pas en reste : un test cognitif, l’Integrated Cognitive Assessment (ICA), a démontré une excellente sensibilité pour détecter le déclin cognitif chez les patients SEP en quelques minutes via une application. Ce test, indépendant de la langue, pourrait être utilisé régulièrement par les patients sur tablette, les résultats étant analysés par IA pour alerter en cas de dégradation cognitive.

Conclusion

De l’imagerie IRM aux capteurs connectés, l’IA transforme la prise en charge de la sclérose en plaques. Elle offre des outils puissants pour diagnostiquer, surveiller et traiter de manière plus personnalisée. Malgré des défis à relever (qualité des données et intégration aux pratiques cliniques), l’IA constitue une révolution prometteuse au service des patients SEP et des professionnels de santé.

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  2. Khattap MG. et al. AI-based model for automatic identification of multiple sclerosis based on enhanced sea-horse optimizer and MRI scans. Sci Rep 14:12104, 2024. DOI: 10.1038/s41598-024-61876-9
  3. Ganjgahi H. et al. AI-driven reclassification of multiple sclerosis progression. Nat Med 31(10):3414–3424, 2025. DOI: 10.1038/s41591-025-03901-6
  4. Praet J. et al. A future of AI-driven personalized care for people with multiple sclerosis. Front Immunol 15:1446748, 2024. DOI: 10.3389/fimmu.2024.1446748
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